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Amérique Centrale

D’un CDD à l’autre…

Nous avions mis de coté nos douillets Contrats à Durée Indeterminée, pour partager sur un voilier deux années vagabondes de Congés à Durée Déterminée. Malgré les découvertes et les rencontres, malgré les copains qui prolongent l’expérience en Congé à Durée Indéterminée, nous posons à terre nos sacs remplis de souvenirs à tout jamais ou pour une durée déterminée. Qui sait ?

Car pour nous c’est fini ! Nous débarquons et passons la barre à Paul et Julie. Notre balade en bateau s’arrète là, sur le quai de Panamarina !

Mais quitte à faire escale aux Etats-Unis, nous pourrions y profiter d’un autre CDD sur quatre roues cette fois-ci. Affaire à suivre donc…

L’attente à Panamarina

Bloqués au Panama par une stupide histoire de carte bleue et de courrier, nous en profitons pour finir en douceur notre voyage en bateau.

Nous trouvons là l’occasion révée de nous poser enfin, de faire des gateaux, de vendre les « quelques » jouets que nous avons accumulés, de participer à une dernière régate, de chasser quelqu’ultimes crabes nageurs, d’expédier par cargo ce qui doit l’être, de nous organiser pour rentrer et d’envoyer en forêt nos jeunes éclaireurs. Le plus attentif d’entre eux débusque un paresseux…

Il manquait un peu à l’appel celui-là. Son observation cloture en beauté notre séjour en Amérique Centrale, avant que nous ne remontions vers nos froides lattitudes. Sûr que notre regard aura changé, sur la faune et la flore évidemment, mais pas seulement.

Encore quelques jours de patience et nous pourrons quitter notre voilier pour nous envoler vers la terre ferme.

And The Winners are : Rosa, Julie & Paul !

Après un essai concluant, les heureux jeunes parents candidats au titre d' »armateurs amateurs », viennent de se porter acquéreurs de notre fier destrier. L’affaire sera réglée dans quelques semaines ou quelques mois, tout dépend de la célérité des banquiers.

Exit donc, la remontée face au vents et aux courants dominants qui nous faisait si peur, pour nous et notre matériel. Nous restons barboter dans les eaux poissonneuses du Panama et fourbissons nos bagages d’activités nautiques en attendant de poser à nouveau notre sac à terre !

Le peuple des homme-poissons !

Chaque année migre depuis l’Europe, les Antilles ou les États Unis, vers la Polynésie, une nouvelle génération de ce peuple si particulier. Individus solitaires évoluant seul, souvent sous l’eau jusqu’à la nuit tombée, ils sont jusque dans les eaux de la Comarca Kuna Yala, très difficiles à observer.

Nous avions eu vent de leur existence, mais toujours cru qu’il s’agissait là de légendes. La navigation en bateau est propice aux élucubrations et la grenouille est si souvent transformée en bœuf, que nous étions plus que sceptiques lorsque nous entendions quelqu’un nous expliquer que l’ami d’un ami avait fait une telle rencontre, une rencontre du troisième type.

Cette espèce se retrouve bloquée, sur la côte Caraïbes du Panama, jusqu’à la belle saison pour traverser l’océan suivant, en mars. Là, regroupés, les homme-poissons ont plus de mal à se cacher , leur densité fait leur visibilité. Les reefs sont peuplés de dinghy abandonnés sous lesquels un œil exercé, attentif et patient peut observer, avec un peu de chance, un spécimen souvent tapis au fond, derrière un rocher, immobile, carnassier.

Deux pieds palmés, un mollet cerné d’un coutelas aiguisé comme un scalpel, ils portent une lourde ceinture de plomb sur leur shorty ajusté. Leurs main gantées manipulent un fusil géant muni d’élastiques puissants et parfois de moulinet. Masques et tubas ne sont que des leurres destinés à camoufler leur nature de poisson aux hommes que nous sommes.

Notre premier vrai contact eu lieu autour d’un verre, un soir que nous étions invité a bord du Roxanna. Terminator, pourtant né en juin, se disait poisson. Chaque jour de huit a dix-huit heure il pêche du gros, du très très gros, entre 30 et 40 mètres de profondeur.
Puis au fil des rencontres et des plongées, nous avons découvert d’autres spécimens tous plus surprenants que leur suivant.

Simon tout d’abord, dont le cortex cérébral baigne probablement depuis longtemps dans une solution bien plus saline que la nôtre, pauvres terriens, fait le lotus par 25 mètres.
Exterminator et son pote Olivier passent toutes leurs journées au fond, accrochés à leur rocher à guetter le mérou. Ils remontent chaque jour plusieurs centaines de kilos d’énormes poisons. Ceux-là sont en guerre contre la biodiversité. Pour satisfaire leur ego ou remplir leur tableau de chasse à rallonge, ils sont prêts à prélever bien plus que leur pitance, quitte à éradiquer une population.

Nicolas se met à l’eau pour manger, du pagre, du barracuda ou de la rascasse volante. Il chasse raisonnablement, si l’on occulte, bien sûr, la mortalité de la piqûre de la rascasse.
Alain le nettoyeur tire sur tout, gros et petits, du sol au plafond, mais sans cibler une espèce en particulier.

Les Kunas du large, en marge, apparaissent parfois à la surface. Il n’est pas rare, alors que le sondeur affiche 30 ou 35 mètres de fond, de voir émerger devant son voilier, une tête esseulée.

Paul inquiet par le temps qui passait, avait une fois cherche’ à en secourir un, un homme-poisson. A sept mètres sous la surface, il s’était engagé dans une cavité, mais à bout de souffle, il avait dû renoncer, incapable de porter assistance. Hors son copain n’avait nul besoin d’aide. Une fois dans la grotte, il avait croisé un premier barracuda de dix ou quinze kilos, visé, tiré, rangé, rechargé. Puis en s’avançant, il avait découvert que la grotte était en fait un tunnel qui débouchait. Un gros pagre rencontré n’en a pas rechapé. Trois ou quatre minutes après avoir plongé, l’homme-poisson réapparaissait à plus de 100 mètres de son point d’entrée, avec du poisson pour un trentaine de convives !

Ces seigneurs traînent ou entraînent avec eux, une population de suiveurs, de petits plongeurs. Nombreux sont les rêveurs qui gravitent, s’équipent, plongent et observent de la surface ou des faibles profondeurs que leurs maigres capacités leur permettent d’atteindre, leurs mutants de copains descendre toujours plus bas pour chasser toujours plus gros : les discrets homme-poissons !

Miguel’s jungle tour!

L’équipage de Narwal, rencontré lors d’une courte balade au Castillo San Bernardo, nous propose de les accompagner dans la jungle. Alors, en route pour le passage familial du canal, nous faisons un détour par les cabanes de Miguel.

Miguel, un grand gaillard depuis longtemps conquis à l’art de survivre au milieu des mygales, des crocos et des guépards. Un basque exilé depuis de nombreuses années au milieu de la forêt, à une heure de marche de la première route carrossable, tout en haut d’une colline d’où il fait bon, le soir au coucher du soleil, prendre le temps de regarder passer toucans et perroquets.

Il nous montre une partie de son univers, nous fait boire de l’eau des lianes, goûter le cœur du palmier fraîchement coupé, identifier les traces des tatous, des sangliers, nous méfier des araignées, des serpents et des fourmis dont la piqûre est pire, paraît-il, que celle du terrible scorpion noir.

Les kid’s s’entendent à merveille avec leurs homologues anglophones, Cole et Cooper du bateau Tribe, les grands aussi. Les petits en revanche, Keliane, Siri et le terrible Lars, font les enfants, bien naturellement.


Nous émergeons au petit matin de nos moustiquaires pour observer quelques oiseaux et déguster d’excellentes crêpes préparées par notre hôte. Miguel réalise devant nos yeux ébahis, un petit poisson en ivoire végétal. Nous avons même le privilège de travailler une graine de tagua, avant de redescendre de notre jungle, de repasser la rivière à la nage et d’embarquer tout mouillés dans notre express aux couleurs très locales : chauffeur au téléphone vissé à l’oreille, accélérateur chevillé au plancher, Klaxon bloqué, dans le couloir on s’entasse comme on peut, avec nos mômes et nos sacs à dos jusqu’à Côlon où nous retrouvons Daniel et son Ronin pour passer le canal en famille.

Venir, voir et repartir.

Venir en avion des confins des Alpes Suisse, d’abord dans un gros Boeing puis dans un petit coucou pour voler jusqu’aux îles. Atterrir sur une piste de brousse inégale, qu’on quitte en dinghy avec quelques colis qui eux s’éloignent en pirogue. Beaucoup en ont rêvé.
Jeff est venu !

Voir les San Blas, les Kunas, les traditions, les lambis, les langoustes, les requins, les raies immenses. Naviguer a s’en arracher les mains, a s’en bruler les bras, du lever jusqu’au delà du coucher du soleil. Voler à Mach II sur la barrière, jiber entre les patates de corail, au ras de la plage immaculée, si prêt qu’on a fini par y laisse un aileron.


Manger jusqu’à plus faim, du poulpe, du lambis, du crabe et de la langouste. Rencontrer des bateaux copains et partager une pâtes, une caipirhina, une soirée autour d’un feu ou une session photo toujours à donf’ dans les alizés, à la limite du spin-out, parfois très prêt, trop prêt du photographe désormais sonné. Plonger et chasser à la nuit tombée, quand sortent les carnassiers pour manger, barracudas, pagres, carangues et requins pointes noires. S’endormir sur le hamac en lisant Millenium. Faire des courses dans une île improbable où trouver des tomates relève du miracle.

Remonter un Rio et s’enfoncer en forêt pour découvrir toucans, perruches, crocodiles, singes, perroquets et fourmis mais surtout Mosquitos. Voir embarquer, vider, depeucer, un whaou de 8kg pour 1m20 et surtout le voir nous échapper bêtement des mains. Discuter, le soir au coin du feu, de l’année écoulée… Vider son sac et tenter de laisser ici ce qui pèse sur le cœur et n’a nul besoin de regagner la Suisse. Voir Keliane monter pour la première fois sur un optimist barrer par son frère et adorer ça ! Donner des cours de riging ou de planche à voile. Prendre un dernier bain dans l’eau turquoise et poissonneuse du Kuna Yala. Visiter les portes du Pacifique, l’écluse de Miraflores, à défaut de l’emprunter.
Jeff a vu !

Repartir en School bus, un Diablo Rojo coloré, sale, bruyant, rapide, sans freins ni roulements, entassés têtes contre fesses dans une ambiance décontractée. Atterrir sans transition dans un aéroport international avec air climatisée et demoiselles en tailleur ajusté, aseptisé, puis prendre l’avion jusqu’à Miami puis Genève.
Jeff est reparti !

La boucle est bouclée. Après quinze jours bien agréables de vie à bord partagée, notre breton de suisse s’en est retourné dans ses montagnes enneigées, au bord de son lac gelé. Il emporte avec lui, outre quelques belles images et sensations, sa bonne humeur dont nous nous sommes régalés.

Hasta luego amigo !

Ce soir c’est LAMBIS !

On recupère Jeff au terme d’un incroyable voyage et on file à Cayo Holandes, faire de la planche à voile et du snorkeling. Eliott le pêcheur découvre en Jeff un coéquipier motivé alors : ce soir c’est Lambis !

Bonne année !

Après deux années de navigation au portant, nous entamons notre retour face aux vents et aux courants dominants.

Bon vent et meilleurs vœux pour l’année 2013.

10 jours a Coco Bandero.

Pour la nouvelle année, nous avons jeté notre ancre au milieu des quatre îlots de Coco Bandero. 4 langues de sable surmontées de cocotiers et entourées de récifs sur lesquels il fait bon pêcher.

10 jours de rêve, a manger du poisson frais, du crabe et de la langouste cuits a même le feu partagé, le soir au bord de l’eau turquoise du lagon éclairé par la belle lune du moment.

Observer ou goûter, perroquets, carangues, raies, chirurgiens ou requins, naviguer en planche a voile ou plonger après le CNED, chasser, faire le pain ou le gâteau, lire, jouer en laissant le temps passer, regarder les copains arriver ou partir voire même revenir, toutes ces activités nous ont menées jusqu’a la nouvelle année et même un peu au delà.

Papy, Mamie et Noël.

Arrivés à Carti sous la pluie, Papy et Mamie ont navigué avec nous jusqu’à Noël. Un Noël sous les cocotiers, palmes aux pieds.

Et puis ils se sont envolés non pas en traineau mais en coucou dans un ciel d’azur !

Joyeuses Fêtes !